Que faire face à une situation de maltraitance infantile ?

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Que faire face à une situation de maltraitance infantile ?

Avant tout, bousculer quelques idées reçues

Le milieu social
Les enfants maltraités comme leurs agresseurs appartiennent à tous les milieux sociaux. 

L’âge
L
’agresseur d’un enfant n’est pas nécessairement adulte. Il peut s’agir d’un autre mineur.

Le sexe
Même si la majorité des agresseurs est de sexe masculin, les femmes aussi commettent des agressions envers les enfants, y compris d’ordre sexuel. 

Inconnu ou familier ?
La majorité des agresseurs sont des personnes affables, proches de l’enfant et appartenant à son entourage immédiat ou même à son milieu familial. 

Les faits
Contrairement à une idée bien ancrée, un enfant victime n’amplifie jamais les faits. Au contraire, il a tendance à minimiser ce qui lui arrive. 


Repérer les signaux d’alerte

Identifier les signaux qui permettent de repérer un cas de maltraitance n’est pas chose facile. Tous les signes décrits ci-après peuvent avoir une autre explication ponctuelle que celle de la maltraitance : accident, problèmes familiaux autres, difficultés scolaires, maladie physique ou psychique…

⇒    Il faut suspecter un danger lorsqu’une situation reste inexpliquée, ou que les raisons invoquées ne sont pas convaincantes, pas rassurantes, voire pas crédibles. 

Ce qui doit vous alerter -> les troubles du comportement

Ce qui doit vous mobiliser -> la parole de l’enfant

 

Le repérage de ces éventuels signes est encore complexifié par les phénomènes suivants, qui interviennent chez l’enfant victime :

  • La culpabilité : l’enfant peut croire qu’il est d’une certaine manière responsable de la violence qu’il subit
  • La honte : sentiment de dévalorisation face à la situation
  • La peur : peur de l’agresseur, des menaces de représailles en cas de révélation des maltraitances
  • Le chagrin et l’anxiété : face à la situation, l’enfant peut se désintéresser du monde, de l’école, de ses amis, de ses activités, et de ce fait réduire les occasions d’échanges qui permettraient de déceler sa situation
  • La colère : cette réaction peut également créer une barrière aux échanges avec l’entourage
  • L’impuissance : l’enfant, impuissant au moment de l’agression, peut considérer qu’il sera impuissant face à toute forme de violence à l’avenir.

 

 

Vous soupçonnez une agression contre un enfant…

… Que faire ?

Observez les comportements de l’enfant.

Si vous êtes en contact avec lui :

  • Parlez avec d’autres personnes qui le sont également, confrontez votre impression à la leur
  • Rassurez l’enfant, dites lui que vous êtes prêt à discuter avec lui des sujets qui l’intéressent,
  • Invitez le à se confier en posant des questions ouvertes et générales
  • Dites lui que vous pouvez l’aider s’il veut parler de ce qui le dérange, et que vous allez le soutenir auprès de personnes compétentes

 

Que ne pas faire ?

Dramatiser la situation

Se contenter d’hypothèses, présumer, suggérer quoique ce soit

Vous laisser enfermer dans le secret

 

  • Ne restez pas seul et n’hésitez pas à vous confier à des personnes compétentes (voir ci-dessous : 119)

 

 

Un enfant se confie à vous…

… Que faire ?

L’écouter, gagner sa confiance

Le laisser parler

Le croire et le lui dire

Le rassurer, lui dire qu’il n’est pas coupable

Lui assurer qu’il a pris la bonne décision en vous parlant

Lui dire que vous ne pouvez l’aider seul, mais que vous allez demander de l’aide auprès de personnes compétentes

  • Si l’enfant vous demande le secret, lui dire que vous n’en avez pas le droit, que la loi vous fait obligation d’entreprendre les démarches avec lui pour qu’il reçoive l’aide dont il a besoin

 

Que ne pas faire ?

Contacter les parents lorsqu’il s’agit de maltraitance au sein du milieu familial

Transformer l’entretien en interrogatoire

Minimiser les faits

Vous laisser enfermer dans le secret

 

  • Ne restez pas seul et n’hésitez pas à vous confier à des personnes compétentes (voir ci-dessous : 119)

 

 

Qui appeler ?

Le 119 – Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance en Danger

Le 119 est un numéro gratuit, dédié à la prévention et à la protection des enfants en danger ou en risque de l’être, et géré par le SNATED (Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance en Danger). 50 écoutants professionnels de l’enfance se relaient pour répondre aux appels.

 

Inquiétude ou certitude ?

Il n’est pas nécessaire d’avoir des preuves pour contacter le 119. Si la situation d’un enfant vous préoccupe, vous pouvez en faire part avec un écoutant du SNATED, qui évaluera avec vous les signaux que vous avez perçus et les suites éventuelles à donner.

 

  • Par exemple ? Vous avez été ou pensez avoir été témoin de situations impliquant des enfants exposés au racket, à des dérives sectaires, à des conflits parentaux, des violences parentales, à des contenus choquants, avez été confronté à des mineurs en errance, en fugue, à des enfants délaissés.

 

Si j’appelle, que se passe-t-il ?

Un écoutant du SNATED, professionnel de l’enfance, vous invite à lui décrire la situation qui vous préoccupe, et l’évalue :

  • S’il ne repère pas d’élément de danger, il pourra vous rassurer.
  • Dans le cas contraire, il rédige un compte-rendu qui est transmis rapidement à la Cellule de Recueil des Informations préoccupantes (CRIP) du département, qui suivra le dossier. Ce compte-rendu porte le nom d’Information Préoccupante.
  • Si la situation nécessite une mise à l’abri immédiate de l’enfant, votre interlocuteur contacte sans délai les services de première urgence pour intervention (et prévient la CRIP).

 

Après votre appel 

  • Le responsable de la CRIP mobilise les services sociaux du département pour évaluer en détail la situation de l’enfant. Plusieurs professionnels (travailleurs sociaux, puéricultrices, médecins de PMI…) peuvent intervenir auprès de la famille afin de vérifier si le mineur concerné est en danger ou en risque de l’être, et si besoin, proposer l’aide appropriée (suivi de proximité, aide éducative à domicile…). Dans certains cas, l’intervention de ces services départementaux est suffisante.
  • Parfois, l’autorité judiciaire doit intervenir. Lorsque le mineur est en danger au sens du Code Civil et que sa famille refuse toute intervention, la CRIP adresse un signalement au Parquet. Le Juge des Enfants peut alors être saisi et ordonner la mesure appropriée (par exemple, le placement de l’enfant).

 

Mon appel au 119 est-il anonyme ?

  • L’appel au 119 est confidentiel et peut demeurer anonyme si vous le souhaitez. Toutefois, un Juge peut décider de lever cet anonymat : le numéro de téléphone utilisé pour l’appel est alors relevé.
  • Votre parole vous engage : vous n’avez pas à rassembler de preuves matérielles avant d’appeler, mais votre témoignage doit être sincère, factuel et motivé uniquement par le bien de l’enfant.

 

Si je n’appelle pas ?

Si vous avez la possibilité de porter assistance à un enfant en danger ou en risque de l’être, il est essentiel que vous le fassiez.  Il se peut que personne d’autre n’ait repéré ce que vous avez observé, ou que personne d’autre ne fasse la démarche.

En outre, vous risquez de vous placer dans une situation de non-assistance à personne en danger, pénalement répréhensible.