Dans quelles situations faut-il agir ?

Une réaction s’impose si vous pensez qu’un enfant est en danger ou en risque de l’être. Le meilleur indicateur est votre ressenti, mais voici deux définitions :

  1. Code Civil (art 375)
    « Si la santé, la sécurité ou la moralité d’un enfant sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises ».
  2. Organisation Mondiale de la Santé
    « L’abus ou la maltraitance à enfant consiste dans toutes les formes de mauvais traitement physique, émotionnel ou sexuel, la négligence ou le traitement négligent, ou les formes d’exploitation, dont commerciales, résultant en un mal effectif ou potentiel à la santé de l’enfant, à sa survie, à son développement ou sa dignité dans le contexte d’une relation de responsabilité, confiance ou pouvoir». 

Bousculez les idées reçues

Le milieu social
Les enfants maltraités, comme leurs agresseurs, appartiennent à tous les milieux sociaux. 

L’âge
L’agresseur d’un enfant n’est pas nécessairement adulte. Il peut s’agir d’un autre mineur.

Le sexe
Même si la majorité des agresseurs est de sexe masculin, les femmes aussi commettent des agressions envers les enfants, y compris d’ordre sexuel. 

Inconnu ou familier ?
La majorité des agresseurs sont des personnes affables, proches de l’enfant et appartenant à son entourage immédiat ou même à son milieu familial. 

Les faits
Contrairement à une idée bien ancrée, un enfant victime n’amplifie jamais les faits. Au contraire, il a tendance à minimiser ce qui lui arrive. 

Que faut-il faire ?

Un geste : alerter en appelant le 119
Service National d’Accueil Téléphonique de l’Enfance en Danger (SNATED), joignable gratuitement 24h/24 et 7j/7 depuis n’importe quel téléphone, fixe, mobile ou cabine téléphonique, en France et dans les DOM (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Réunion, Mayotte).

Dois-je attendre d’être sûr que l’enfant est en danger ou d’en avoir la preuve ? 

Non : votre rôle (et votre devoir) est d’alerter, à partir du moment où vous êtes inquiet ou témoin de faits de violences. Alerter sur la situation d’un enfant n’implique pas nécessairement d’accuser un auteur. Appeler le 119 n’induit pas un dépôt de plainte. C’est à l’équipe du 119 puis aux services départementaux en charge de la Protection de l’enfance et / ou à la Justice d’apprécier la situation, de la qualifier puis de lui donner suite si besoin. 

La recherche de preuves, si elle intervient, sera pilotée par un magistrat.

Je suis soumis au secret professionnel, y compris médical : puis-je alerter ?   

Le secret professionnel ne s’impose pas à celui qui informe les autorités judiciaires, médicales ou administratives de privations ou de sévices dont il a eu connaissance et qui ont été infligées à un mineur ; il ne s’impose pas non plus au médecin ou à tout autre professionnel de santé qui porte à la connaissance du procureur de la République ou de la cellule de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes relatives aux mineurs en danger ou qui risquent de l’être, les sévices ou privations qu’il a constaté, sur le plan physique ou psychique, dans l’exercice de sa profession et qui lui permettent de présumer que des violences physiques, sexuelles ou psychiques de toute nature ont été commises sur un enfant. 

(extraits de l’article 226-14 du Code Pénal)

Que se passe-t-il quand on appelle le 119 ?

  • L’appel arrive au pré-accueil du 119. Des professionnels de la téléphonie ont pour rôle d’accueillir les appelants, de vérifier que leur appel concerne bien les missions du service et les orienter vers un écoutant à même de gérer la situation. 
  • La mission des écoutants, professionnels de l’enfance, est d’apporter aide et conseil aux appelants confrontés à une situation d’enfant en danger ou en risque de l’être. Pour cela, ils sont à leur écoute afin de recueillir des informations et évaluer la suite à donner. Si l’écoutant ne repère pas d’éléments de danger ou de risque de danger, il est amené à les conseiller, à les informer, voire à les réorienter vers des services de proximité. Mais, dans certains cas, cela ne suffit pas…
  • Lorsque l’écoutant évalue un danger ou un risque de danger pour un enfant …
    • Il rédige un compte-rendu des informations recueillies qui est transmis à un coordonnateur, encadrant chargé de valider l’écrit et la décision. Ce dernier le transmet dans les plus brefs délais à la Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP) du département concerné.
    • En cas de danger imminent nécessitant une mise à l’abri immédiate du mineur, le SNATED contacte sans délai les services de première urgence pour intervention. Dans ces cas-là aussi, la CRIP est informée.
  • Lorsque le département réceptionne les informations préoccupantes …
    • Le responsable de la CRIP va alors les étudier et mobiliser les services compétents aux fins d’évaluation. Plusieurs professionnels (travailleurs sociaux, puéricultrices, médecins de PMI…) peuvent ainsi intervenir auprès de la famille afin de vérifier si le mineur concerné est en danger ou en risque de l’être, et le cas échéant, de proposer l’aide appropriée (suivi de proximité, prestations administratives…). Dans certains cas, l’intervention des services départementaux est suffisante…
    • Parfois l’Autorité Judiciaire doit intervenir. La CRIP adresse un signalement au Parquet lorsque le mineur est en danger au sens de l’article 375 du Code Civil et que sa famille refuse toute intervention. Le juge des enfants peut alors être saisi et ordonner la mesure appropriée.
  • Retour d’information sur la situation vers le SNATED. La CRIP est tenue d’informer le SNATED, sous 3 mois, des suites données à chaque situation. Ces données sont étudiées et permettent notamment au service d’améliorer la qualité de ses réponses.

Le principe de confidentialité 

  • Les appels au 119 n’apparaissent pas sur les relevés téléphoniques
  • Les professionnels écoutants sont soumis au secret professionnel. Ils ne prendront note que des informations utiles à la bonne compréhension de la situation de l’enfant. 
  • Il vous sera demandé de donner votre nom et vos coordonnées, ce que vous pourrez refuser. Le 119 est soumis à une obligation de transmission des informations recueillies à l’autorité administrative. Si la situation donne lieu à une enquête judiciaire, le 119 devra répondre à toute demande de l’autorité judicaire (sous réquisition) et transmettre le numéro de téléphone associé à votre appel.
  • Si la situation débouchait sur un procès, vous pourriez éventuellement être appelé à témoigner (comme dans le cas d’un accident de la route par exemple). Cela ne fait pas de vous une partie prenante au procès. 
  • Peut-on être accusé de diffamation suite à un appel au 119 ? Un dépôt de plainte pour dénonciation calomnieuse est toujours possible. Toutefois, il est très rare qu’une telle démarche aboutisse, car le magistrat saisi doit pour cela justifier que la personne faisant l’objet de la plainte est de mauvaise foi et avait l’intention de nuire.

Si je n’appelle pas ? 

Avant tout, vous prenez le risque de laisser un enfant en situation de détresse, voire de danger immédiat. Mais vous risquez aussi des sanctions pénales.

(article 434-3 du code pénal)

« Le fait, pour quiconque ayant eu connaissance de privations, de mauvais traitements ou d’agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur ou à une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge, d’une maladie, d’une infirmité, d’une déficience physique ou psychique ou d’un état de grossesse, de ne pas en informer les autorités judiciaires ou administratives est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

La non-assistance à personne en danger s’applique également à toute personne qui s’abstient d’agir alors qu’elle a connaissance d’une situation d’un enfant en danger. Elle est punie d’une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

Qu’est-ce que la non-assistance à personne en danger ? Au titre du Code Pénal, cela consiste à avoir connaissance d’un péril grave et imminent qui menace la vie ou l’intégrité physique d’une personne, et à ne pas alerter les secours. 

Dans les Villages d’Enfants et Foyers d’ACTION ENFANCE

Tout récit de maltraitance rapporté par un enfant au cours de son accueil (nouvelle révélation sur son histoire de vie, ou nouvel événement) est considéré et pris en compte par les équipes éducatives. Des mesures sont prises immédiatement s’il y a lieu : information préoccupante, signalement, saisine du Juge des enfants pour demander la suppression momentanée des droits de visite parentaux, par exemple.