La magie des rencontres

Chez ACTION ENFANCE, la question de l’ouverture sur l’extérieur relève d’une conviction profonde. Parce qu’un nombre élevé d’enfants qu’elle accueille ne passent aucune nuit hors de leur maison au Village d’Enfants et d’Adolescents,(1) les liens tissés avec des personnes extérieures, qui souhaitent les sortir de leur quotidien, revêtent une importance capitale. Parrainage, mentorat, bénévolat sont trois démarches au coeur d’une ambition : aider les enfants et adolescents à se construire un capital social, faire en sorte qu’ils aient des adultes qui comptent pour eux et sur qui ils puissent compter, au-delà de la Fondation.

Chloé, 20 ans aujourd’hui, a noué avec Emmanuelle, sa marraine de coeur, une relation complice et soutenante qui l’a portée à l’entrée dans sa vie d’adulte. Elouan et Nicolas ont pour mentor Yann, qui envoie leur CV à son réseau d’entreprises pour décrocher un stage ou une alternance. Les enfants du Village d’Enfants et d’Adolescents de Villabé ont la visite régulière de salariés bénévoles du groupe Mediawan, tandis que ceux de Treffiagat bénéficient de l’aide aux devoirs de l’Amicale laïque locale. Derrière ces exemples, la conviction partagée au sein d’ACTION ENFANCE qu’il faut offrir aux enfants et aux adolescents la possibilité de vivre des expériences en dehors de l’institution, avec d’autres personnes que les professionnels qui s’occupent d’eux chaque jour. Pour élargir leur horizon, acquérir des codes socio-culturels qui leur sont étrangers, bénéficier de conseils sur leur avenir et d’un soutien moral… en un mot pour développer leur capital social. Dans tous les cas, c’est toujours l’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte qui décide d’avoir un parrain ou d’entamer une démarche de mentorat – et il peut y mettre fin à tout moment. « C’est une relation entre un enfant et un adulte que l’enfant choisit. Une chance unique, car ce n’est pas le cas avec ses parents ni avec ses éducateurs ou ses enseignants », souligne Julie Basset, directrice du Développement d’ACTION ENFANCE.

Le parrainage : une échappée dans la vie ordinaire

Pour Hélène Guilbert, directrice du Village d’Enfants et d’Adolescents de Soissons, engagée dans la démarche de parrainage au sein de la Fondation depuis 2017, le parrainage, c’est d’abord « La magie de la rencontre et le pouvoir transformateur que la création de ces liens peut avoir sur l’enfant ». 80 % des enfants ne passaient alors aucune nuit en dehors du cadre collectif de leur placement (le chiffre actuel pour Soissons est de 72 %) : que ce soit au Village, en internat pour certains ou en colonie de vacances, jamais ils n’avaient la possibilité de vivre le quotidien d’une famille « ordinaire ». C’est pourquoi, très tôt, l’idée de proposer des parrainages aux enfants s’est imposée. La convention entre le Département de l’Aisne et ACTION ENFANCE, signée en décembre 2021, est mise en oeuvre depuis le 1er mars 2022. « Rencontrer la réalité sociale la plus communément partagée par le plus grand nombre de nos concitoyens est plus que jamais d’actualité », confirme la directrice qui remercie toutes les personnes, les familles qui s’engagent dans le parrainage. « Cela veut dire qu’ils ouvrent leur maison, laissent une place dans leur famille, leur quotidien, leur coeur, pour un enfant qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’avaient aucune chance de rencontrer. » Le parrainage, tel que le conçoit la Fondation, c’est précisément cela : offrir aux enfants qu’elle accueille l’expérience du quotidien ordinaire.

Une relation de confiance stable

Rémi Indart Administrateur

L’introduction récente d’une obligation de proposer un mentorat ou un parrainage aux enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance traduit une intention claire du législateur. Avec la loi Taquet de 2022, une conviction s’affirme : au-delà de l’hébergement, de l’accompagnement éducatif et du soin, il faut aller plus loin dans le soutien apporté aux enfants confiés à notre Fondation. Chez ACTION ENFANCE, nous le savons bien : l’insertion sociale des jeunes sortant de la Protection de l’enfance reste un défi majeur. Le mentorat a précisément cette force : créer une relation de confiance stable avec une personne extérieure, engagée dans un accompagnement construit autour d’un objectif précis. Il ouvre le champ des possibles, élargit les horizons du jeune et contribue à desserrer l’étau du déterminisme social. En Indre-et-Loire, je m’efforce, avec d’autres, de mettre en lien l’association Les Passeurs d’avenir, conventionnée par le Département, avec les Villages ACTION ENFANCE du territoire et la référente ACTION+.(2) Mais je veux être très clair : le mentorat est utile, parfois décisif, à condition de rester complémentaire de l’action menée par les professionnels de la Fondation. Il ne doit en aucun cas s’y substituer.

Reprendre du pouvoir sur sa vie

Chez leur parrain ou leur marraine, les enfants ne sont plus des enfants placés. Ils ont l’opportunité d’arriver sans étiquette – les motifs de leur placement ne sont jamais dévoilés –, de se réinventer s’ils le souhaitent. Ils ont l’attention tout entière d’un adulte (la marraine, le parrain ou le couple), sans avoir à la partager avec d’autres enfants, sans le prisme de l’éducatif. Ils deviennent, dans cette parenthèse, le temps de week-ends ou de vacances avec leur famille de parrainage, des enfants comme les autres. En quatre ans, 40 parrainages ont été mis en place dans le Département de l’Aisne, dont 20 concernent des enfants accueillis par ACTION ENFANCE. Dix sont en projet. Pour que le parrainage produise les effets attendus, l’envie doit venir de l’enfant, c’est toujours à sa demande qu’une démarche est initiée. C’est pourquoi, Jamela Ben Alla, référente Parrainage pour l’ensemble des établissements de Protection de l’enfance du Département de l’Aisne, fait beaucoup de pédagogie, démystifie le parrainage qui est parfois fantasmé par les enfants, rencontre chacun d’entre eux.

« Les enfants qui nous sont confiés n’ont pas toujours les codes d’une relation d’ordinaire, il faut les préparer à cela. Je leur explique bien que le parrainage ne viendra jamais remplacer leur relation avec leur éducatrice/teur familial, ni avec papa/maman »,
explique-t-elle. Pour elle, la précipitation serait la plus grande erreur ! « Le parrainage, c’est le lieu où l’enfant reprend un peu de pouvoir dans sa vie. C’est lui qui décide de la relation. » Les résultats, sur la durée, sont éloquents. Sur les cinq jeunes parrainés
qui ont atteint l’âge de la majorité, quatre continuent d’entretenir des liens avec leurs parrains/marraines. L’histoire de Chloé en est une belle illustration. Toutefois, le parrainage ne convient pas à tous les enfants. Pour certains, la relation affective qui se noue dans ce cadre serait trop intense, voire vécue comme trop intrusive.

Yann TAMBU MATADI Responsable immobilier à la Fondation ACTION ENFANCE

Comment les entreprises avec lesquelles ACTION ENFANCE travaille pourraient servir notre cause ?
En tant que maître d’ouvrage sur différents projets de la Fondation, je pense qu’il y avait là une mine à creuser. Au Village de Villabé, j’ai rencontré Elouan, en bac professionnel dans le domaine du génie climatique, et Nicolas, alors en première, qui recherchait un stage en architecture. En tant que mentor, je leur prodigue des conseils, je les emmène sur des salons étudiants et de l’emploi. Il m’a paru naturel de faire jouer mes contacts dans le bâtiment. J’épaule notamment Elouan, qui veut faire un BTS génie climatique, dans ses choix sur Parcoursup et je l’aide à trouver un patron pour son apprentissage. Je ne suis pas leur éducateur, mais je les aide professionnellement, avec mes moyens, mes ressources. Je sais, pour être arrivé du Congo Kinshasa pendant mes études, combien il est difficile de trouver un stage lorsque l’on n’a pas de carnet d’adresses. Je ne les lâcherai pas.

Le mentorat : construire ensemble un horizon

plus factuels et immédiats. Inscrit dans la stratégie 2024-2028 d’ACTION ENFANCE, il vise à ouvrir le plus de voies possibles aux adolescents et jeunes majeurs, doper leurs ambitions, les confronter à d’autres univers. Margaux Callet, chargée du programme mentorat et des relations entreprises chez ACTION ENFANCE, distingue trois grandes entrées : l’insertion professionnelle (recherche de stage, d’alternance, relecture de CV, ouverture de réseaux), l’orientation scolaire et académique (Parcoursup, lettres de motivation, conseils sur le choix des filières) et le partage de centres d’intérêt – culture, sport, nature, etc.
Lancé en 2025, le programme, piloté au sein du dispositif ACTION+, est encore expérimental. Il s’adresse, dans un premier temps, à des jeunes de plus de 16 ans. Particuliers ou collaborateurs d’entreprises partenaires, les mentors s’engagent à soutenir un jeune selon les objectifs de son projet. Dans certains Départements, le recrutement des mentors doit se faire au travers d’associations existantes, comme Parrains pour Mille en Seine-et-Marne ou Les Passeurs d’avenir en Indre-et-Loire, par exemple. Dans d’autres, Margaux Callet forme les duos en lien avec les éducateurs. « Mettre en place un mentorat, c’est miser sur une relation humaine, faire le pari que le duo va trouver son équilibre. C’est beaucoup d’engagement de la part du jeune comme de son mentor », explique-t-elle. Avec dix jeunes filles et garçons qui bénéficient d’un mentor et plusieurs autres binômes en cours de constitution, la Fondation n’en est encore qu’aux débuts. Mais elle travaille ardemment au changement d’échelle, le mentorat étant devenu un
droit pour tout adolescent accueilli par l’ASE de plus de 11 ans.

L’impact positif du mentorat n’est plus à démontrer : compétences sociales et émotionnelles augmentées, confiance en soi, ambition et projection dans un parcours d’études et d’emploi. « Élargir leurs horizons, dire aux jeunes qu’ils sont capables et que c’est pour eux aussi : c’est la mission que nous nous fixons », complète la chargée de mentorat.

Élargir les horizons grâce au bénévolat d’entreprise

Le mécénat s’inscrit dans la lignée de contenus engagés que produit notre groupe audiovisuel. Je cherche à créer des passerelles entre le monde de l’entreprise et des jeunes vulnérables. Lorsque Marc Chabant, directeur de la prospective de la Fondation, m’a parlé de la recherche-action sur le capital social*, l’idée a fait son chemin. J’ai lancé un appel au volontariat des collaborateurs. C’est ainsi qu’est né en 2022 le partenariat avec le Village d’Enfants et d’Adolescents de Villabé.
Nous sommes à présent une dizaine à venir régulièrement sur notre temps libre. Avec tous les enfants qui le souhaitent et leurs éducateurs, nous allons déjeuner, puis nous animons des ateliers gâteaux, déco, etc. Aller à leur rencontre, là où ils vivent, sans autre enjeu que de leur apporter un peu de légèreté, c’est la meilleure façon de créer du lien. Certains sont venus faire un stage cheznous – il y a des centaines de métiers dans l’audiovisuel L’objectif, c’est qu’ils aient un numéro de téléphone à appeler s’ils ont besoin d’une mise en relation. L’une de nos collaboratrices envisage d’ailleurs de parrainer l’un d’entre eux.

Le bénévolat : s’engager simplement, auprès des enfants

Moins formalisé que le parrainage et le mentorat, le bénévolat se construit au fil des initiatives de particuliers qui se portent volontaires ou de partenariats avec des entreprises. Il a, de tout temps, occupé une place de choix dans les Villages ACTION ENFANCE. Aide aux devoirs prodiguée par des bénévoles souvent retraités, férus de jardinage, de bricolage, de pâtisserie ou animateurs sportifs qui viennent partager leur passion : l’entraide, le désir d’ouverture et l’intergénérationnel en sont les piliers. Dans le Finistère, l’Amicale laïque de Léchiagat-Treffiagat n’a pas attendu l’ouverture du Village ACTION ENFANCE pour s’impliquer. « Avant même la première réunion publique, j’ai voulu mobiliser nos adhérents, les informer de ce qu’était réellement un Village d’Enfants et d’Adolescents, combattre aussi certaines idées reçues, explique Corinne Bessond, porte-parole de l’association. Nous faisons de l’aide aux devoirs depuis très longtemps, avec des intervenants très motivés. Dès la rentrée scolaire 2025, nous avons associé les enfants du Village à nos sessions. Il me semblait important qu’ils intègrent la vie locale, qu’ils vivent comme tout enfant de la commune. » L’intervention des bénévoles se fait en lien avec Tifenn Vernon, chef de service du Village d’Enfants et d’Adolescents de Treffiagat, « pour ne pas commettre d’impair », précise la porte-parole. D’autres activités ont suivi, à l’instar de cet atelier d’art-thérapie au programme de l’association, proposé à un enfant déscolarisé.
C’est également l’idée d’ouvrir le champ des possibles au travers de simples rencontres, là où vivent les enfants, qui a guidé l’engagement du groupe audiovisuel Mediawan auprès d’ACTION ENFANCE. Sensibilisés à l’enfance maltraitée après plusieurs collaborations avec des associations de Protection de l’enfance, un nombre croissant de collaborateurs s’impliquent régulièrement dans l’animation d’ateliers au sein du Village d’Enfants et d’Adolescents de Villabé. Anne-Claire Telle, directrice de l’engagement chez Mediawan en est convaincue : « Quand on rencontre les enfants dans leur cadre de vie, de vraies relations personnelles se nouent ». Aller sur le terrain lui a aussi fait prendre conscience de l’inégalité des chances. C’est dans cet esprit qu’elle a créé le programme Au Micro, avec la Cité européenne des scénaristes. Deux adolescents de la Fondation ont présenté leur script, qu’ils ont pu peaufiner avec des scénaristes professionnels. Objectif, l’enregistrement d’un podcast. « C’est une très chouette aventure. Les jeunes écrivent des histoires très dures, mais tous refusent le pathos », témoigne Anne-Claire Telle. Au travers de cette écriture, c’est un miroir qui leur est tendu pour qu’ils se voient autrement et croient en leurs capacités et leur avenir. Complémentaires, les démarches de bénévolat, mentorat et parrainage disent aux enfants que des adultes – qui ne sont ni travailleurs sociaux, ni enseignants, ni professionnels du soin – choisissent de passer du temps avec eux, pour eux. Que leur histoire les intéresse. Que leur avenir les préoccupe. Des rencontres qui comptent énormément et peuvent être décisives.

Vous souhaitez vous engager auprès des enfants ?

Parrainage / bénévolat : 01 53 89 12 34
contact.parrainage@actionenfance.org
Mentorat : 06 10 73 47 37
margaux.callet@actionenfance.org

Pourquoi le Village d’Enfants et d’Adolescents ?

Le modèle du Village d’Enfants et d’Adolescents fondé sur un cadre de vie de type familial et un quotidien partagé avec les éducateurs offre notamment un cadre de vie stable et à taille humaine aux enfants.