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Publié le 15/01/2013

Relation avec les parents : faire vivre le lien

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« Les père et mère de l’enfant bénéficiant d’une mesure d’assistance éducative continuent à exercer tous les attributs de l’autorité parentale qui ne sont pas inconciliables avec cette mesure », rappelle la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance. Pour renforcer les droits et devoirs des parents, une nouvelle modalité a été associée au droit de visite : les visites médiatisées.

Objectifs : permettre à l’enfant, dans les situations les plus difficiles, de rencontrer son ou ses parents en étant accompagné d’un tiers désigné par l’établissement ou le service à qui l’enfant est confié, mais aussi prévenir les difficultés auxquelles les parents peuvent être confrontés dans leurs responsabilités éducatives.


Se construire une identité

La séparation, consécutive à la mesure d’accueil, a des répercussions directes sur l’estime de soi des parents qui se sentent dévalorisés, mais aussi sur l’enfant : le plus souvent, il aime ses parents et voudrait vivre avec eux même s’il sait que cela n’est pas possible. Le maintien des relations va favoriser le rapprochement parents-enfants et aider les parents d’enfants accueillis à (re)construire l’identité parentale. C’est également ce que préconise le rapport de la Défenseure des enfants (1) : l’implication et la participation des parents leur permet de se (re)mettre en situation de responsabilité éducative. Dans ces conditions, l’enfant va pouvoir faire évoluer l’image qu’il a de ses parents. En changeant le regard porté sur eux-mêmes, parents et enfants entrent dans une nouvelle dynamique familiale. Le rôle des professionnels présents auprès de l’enfant est capital : l’enfant a un adulte à ses côtés, qui peut mettre des mots sur ce qu’il ressent, le sortir de sa solitude et lui donner des repères cohérents afin de se construire une histoire et une identité. Les professionnels agissent comme un décodeur pour protéger l’enfant et lui permettre de s’inscrire dans une relation constructive avec ses parents.

 

L'approche thérapeutique

Dans des situations familiales très complexes où, par exemple, les parents sont atteints de troubles psychologiques importants, les rencontres peuvent être  organisées dans des structures adaptées. Tel Cap Alésia, service du Centre français de protection de l’enfance, créé en 1984 pour prévenir la maltraitance.

« Notre spécificité est d’avoir une approche psychologique et non éducative à l’écoute de chacun, parents comme enfants, explique Danielle Lefebvre, sa directrice. Nous évaluons la situation familiale et donc la parentalité en accompagnant les parents au plus près de leurs possibles ». L’équipe est constituée de psychologues qui vont aider les enfants à se représenter la pathologie de leurs parents pour se construire. Ici, toutes les façons d’entrer en contact avec l’enfant sont acceptées, tant qu’elles ne lui portent pas préjudice. « Nous avons le souci de re-narcissiser les parents, de les accueillir, les écouter sans les infantiliser, reprend Danielle Lefebvre. Certains viennent depuis des années et les enfants ont réussi à construire une relation satisfaisante ». Ces consultations familiales aident les parents à trouver une place auprès de leur enfant et permettent aux enfants de bénéficier de la « part acceptable » de leur père ou mère, pour déjouer les risques de répétition de la maltraitance.


La création de lieux neutres

« On ne peut pas bien travailler avec un enfant si on écarte les parents », confirme Florence Perrot, chef de service à l’Espace rencontre parents-enfants (Erpe) à Amboise (Indre-et-Loire). Créé en 2005 par Action Enfance pour les enfants des Villages de la région, l’Erpe offre un cadre bienveillant aux rencontres parents-enfants. À l’écart des lieux d’hébergement, cet espace s’est depuis ouvert à d’autres situations de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et facilite la mise en place d’une relation apaisée entre l’enfant et ses parents.

« Il n’est en effet pas toujours facile ni souhaitable d’accueillir des parents qui sont dans la revendication sur les lieux où les enfants sont placés », ajoute Martine Julien, chef de service à la Mapes, Maison d’accueil parents enfants séparés, à Melun. Cette entité de Action Enfance pour les établissements de Seine-et-Marne fonctionne elle aussi de façon indépendante pour faciliter les rencontres entre parents et enfants. L’accueil est accompagné en fonction du profil de la famille et du type de visite décidé par le juge : encadrée, libre ou libre avec sortie.


Apaiser les relations

Les parents sont parfois réticents mais, au fur et à mesure, des liens se tissent avec l’équipe. « Nous ne sommes pas là pour juger, mais pour favoriser le lien », précise Chloé Donval, "accueillante" à l’Erpe. Dans des espaces neutres, les parents ressentent moins d’hostilité à l’encontre des éducateurs et sont plus à l’écoute. Quand la confiance s’installe, il leur arrive même de demander des conseils. « Nous sommes des observatrices au regard bienveillant, ajoute Elizabeth Badéchian, “accueillante“ elle aussi à l’Erpe. C’est le référent ASE qui, selon nos observations, interviendra dans l’intérêt de l’enfant. »

Maintenir, voire recréer le lien parents-enfants en protégeant l’enfant et en soutenant les parents permet aux relations de s’apaiser et d’envisager des retours dans la famille. Bien sûr, certaines situations, trop complexes ou pathogènes, auront une évolution limitée. « Les rencontres que nous organisons permettent aux parents et aux enfants de construire un bout d’histoire ensemble. C’est déjà beaucoup », conclut Florence Perrot.

(1) Enfants confiés, enfants placés : défendre et promouvoir leurs droits – Rapport
2011 consacré aux droits de l’enfant.