• T+
  • T-
Publié le 28/11/2019

La force de l'exemple

test

Igor, 46 ans, aujourd’hui musicien, garde un souvenir impérissable de son adolescence au Village d’Enfants de Villabé et de son premier groupe de rock créé avec ses camarades.

Originaire du Bénin, Igor quitte sa famille et son Afrique natale à 9 ans. Ses parents l’envoient en France en compagnie d’un tuteur pour lui offrir un meilleur avenir. Il n’a alors plus aucun contact avec eux. Son tuteur, arrêté pour escroquerie, sera incarcéré quelques années plus tard. Igor a environ 12 ans lorsqu’il est accueilli avec cinq autres enfants – qu’il appelle aujourd’hui ses « frères et soeurs de lait » – dans une maison du Village d’Enfants de Villabé dans l’Essonne. « Mon adolescence au Village d’Enfants a été fantastique. Nous avions la chance de partir régulièrement en colonie de vacances, aux sports d’hiver…» Attiré par la musique, il crée très vite un groupe de rock avec des camarades, notamment le fils du directeur du Village. « J’étais le chanteur du groupe. Je me souviens de la première répétition dans la grande salle du Village. J’étais bègue en arrivant en France. La musique, le chant m’ont permis de me débarrasser de ce trouble. Cela m’a sauvé! »

Igor revient pour la première fois en Afrique grâce à Armand Le Bars, à l’époque directeur du Village d’Enfants de Villabé, et à Bernard Descamps, cofondateur de la Fondation. Il est alors en première, au lycée de Corbeilles-Essonne. Sur place, il retrouve ses parents et récupère ses papiers officiels. En terminale, devenu majeur, il doit quitter le Village d’Enfants et travailler pour subvenir à ses besoins. « Partir du Village d’Enfants a été le moment le plus stressant de ma vie. Pour moi, l’envol a été très difficile. J’ai heureusement pu compter sur le soutien considérable d’Armand Le Bars et sa famille. » Il décroche un poste d’animateur au centre de loisirs de Villabé et en deviendra même le directeur à 21 ans.

Tout pour la musique

Puis nouveau virage, en 2001, il décide de partir sur les routes pour se consacrer à la musique. Tromboniste de formation, il arpente de nombreuses scènes avec sa musique aux multiples influences, entre calypso, folk africain et reggae acoustique. Après « Comme les autres » et « Or des sentiers », il a sorti cette année son troisième album « Même pas peur » sous son nom d’artiste El Señor Igor. Il donne également des cours d’ensemble en musiques actuelles et percussions au conservatoire d’Évry. Souhaitant conserver un lien avec la Fondation, il anime depuis des années des ateliers de sensibilisation à la musique dans différents Villages d’Enfants et Foyers de jeunes, à Ballancourt et Mennecy notamment. « Je suis content d’y retourner. Je peux parler facilement aux adolescents, ils m’écoutent. Je les rassure, leur raconte mon expérience. Ils vivent des moments stressants avant la sortie de placement. » Igor retourne tous les deux ou trois ans en Afrique où il retrouve sa famille « de sang », perdue de vue pendant des années. Il est resté en contact avec Armand Le Bars, sa famille et son fils, devenu son ami. Père de deux enfants, Théo et Yaël, il est également grand-père depuis près de deux ans. « La vie est fantastique. J’ai prévu d’écrire tout cela un jour ! »