Pleyben-Treffiagat, dans le Finistère, et Châteaubriant, en Loire-Atlantique, sont les deux nouveaux Villages d’Enfants et d’Adolescents ouverts par ACTION ENFANCE l’été dernier. 60 enfants, âgés de 17 mois à 15ans, y découvrent l’accueil de type familial, principe fondamental du Projet de la Fondation.

Nouveau Villages d’Enfants et d’Adolescents : les défis d’une ouverture

C’est un été pas comme les autres pour les frères et sœurs accueillis pour la première fois dans les nouveaux Villages d’Enfants et d’Adolescents qu’ACTION ENFANCE ouvre dans le Finistère et en Loire- Atlantique. « Avant d’arriver à Châteaubriant, certains enfants ont déjà connu quatre ou cinq lieux de placement différents, alors que la moyenne d’âge n’est que de 7 ans », relève Jamel Senhadji, directeur des Villages d’Enfants et d’Adolescents de Loire-Atlantique. Pour ces enfants et ces adolescents, c’est la promesse d’un cadre sécurisé et d’une plus grande stabilité. L’opportunité aussi de grandir avec leurs frères et sœurs.

Récapitulatif ouverture des prochains Villages d'Enfants et d'Adolescents

Un nouveau lieu de vie à apprivoiser

L’arrivée dans un Village ACTION ENFANCE représente un grand changement pour les enfants. Nombre d’entre eux quittent une maison d’enfants à caractère social (MECS) ou un centre d’accueil d’urgence et découvrent une forme d’accueil et d’accompagnement plus apaisante. Parfois, des enfants arrivent sans rien, sans jouets, sans vêtements, sans carnet de santé. « Cela se produit lorsque le suivi éducatif au domicile des parents a été mis en échec et que le placement s’impose. Dès qu’une place s’ouvre, les enfants sont confiés immédiatement, à la suite d’une intervention de police, par exemple », relate Sophie Perrier, directrice adjointe à la direction Innovation et amélioration de la qualité de la Fondation.
« Nous avons aussi le cas d’enfants qui vivaient en famille d’accueil et n’ont pas compris – parce que cela ne leur a pas été expliqué à hauteur d’enfant – que leur lieu de vie allait changer. Qu’ils allaient dorénavant à l’école de Pleyben ou de Treffiagat, alors qu’ils viennent pour certains du Val-de-Marne ou de la Manche. Ce déplacement a été difficile », témoigne Olivier Cosmao, directeur adjoint des Villages d’Enfants et d’Adolescents du Finistère. Malgré les situations à risque dans lesquels ils vivaient, les enfants ont souvent, dans un premier temps, du mal à accepter cette nouvelle vie. « Même lorsque l’on s’efforce de bien préparer les admissions en amont, l’arrivée des enfants comporte toujours son lot d’imprévus et de surprises », analyse Sophie Perrier. Mais, rassure Jamel Senhadji, « Les enfants ont une très grande capacité à s’adapter et ils s’intègrent d’autant plus facilement dans ce nouvel environnement que tout est fait à leur intention ».

« Notre mode d’accompagnement crée une grande stabilité »

Stéphanie AUDAIRE Éducatrice familiale au Village d’Enfants et d’Adolescents de Pleyben (29)

Je travaillais précédemment avec des enfants présentant des troubles autistiques et schizophrènes. Nous étions auprès des enfants par séquences de 24 à 36 heures, et passions donc également la nuit avec eux, mais ce rythme faisait que nous tournions à 19 professionnels. Dans les Villages ACTION ENFANCE, je trouve intéressant que nous soyons un binôme de deux éducateurs pour six enfants, sur des périodes plus longues de huit jours. Cela apporte une grande stabilité, la possibilité d’élaborer des projets avec ces enfants sur du long terme.

Alain DAVID Président de la Fondation ACTION ENFANCE

Notre forte croissance correspond à la volonté des Conseils départementaux de disposer d’un ou de plusieurs Villages d’Enfants et d’Adolescents sur leur territoire, notamment depuis la loi Taquet de 2022. Cette volonté rejoint notre conviction que le mode d’accueil de type familial, que nous offrons à des frères et sœurs afin qu’ils grandissent ensemble, est une des meilleures solutions pour eux aujourd’hui et demain. C’est pourquoi nous ouvrons nos Villages en accueil provisoire de qualité, dans des maisons que nous louons, le temps des travaux des Villages
définitifs, afin de répondre au plus vite aux besoins des enfants confiés.
Réussir une ouverture dans un nouveau département, c’est répondre à un triple défi de conduite du projet, de recrutement et d’intégration des nouveaux salariés ainsi que d’adaptation au contexte local. Les liens de confiance que nous tissons avec les Conseils départementaux et les partenaires locaux sont essentiels à la vie de chacun de nos Villages. La générosité de nos fidèles soutiens, donateurs et entreprises, joue également un rôle majeur dans l’ouverture d’un Village, car le foncier est habituellement financé sur nos fonds privés. Au final, c’est grâce à l’énergie de tous, élus départementaux et leurs équipes, donateurs et partenaires privés, salariés d’ACTION ENFANCE, que nous pouvons offrir aux frères et sœurs meurtris la possibilité de se reconstruire de manière sereine et durable. Un grand merci à tous !

Ouvrir un Village d’Enfants et d’Adolescents, c’est beaucoup d’anticipation

Lorsque les enfants arrivent, tout doit être prêt pour qu’ils puissent s’installer et se poser aussi rapidement que possible et que l’accueil de type familial de la Fondation puisse s’y déployer au mieux. C’est pourquoi une attention très particulière est accordée à l’intégration des équipes éducatives qui prennent leur poste deux semaines avant l’arrivée des enfants. Un séminaire en totale immersion est organisé dans ce but. « Les temps de repas et les soirées font partie intégrante du programme : c’est un avant-goût de la vie dans les maisons, avec les enfants », estime Olivier Cosmao. « Ils sont aussi l’occasion de débats et d’échanges informels entre les participants. » Une formation pensée clés en main pour accueillir les enfants est administrée sur les thèmes chers à ACTION ENFANCE concernant les besoins fondamentaux de l’enfant, l’accueil de type familial, la fratrie, la posture professionnelle et l’attachement. Ce séminaire d’intégration est un temps privilégié pour les éducateurs venus d’horizons différents, fraîchement recrutés ou provenant d’un autre Village ACTION ENFANCE. Il permet de faire connaissance et, pour les équipes de direction, d’observer les affinités et complémentarités. « C’est à ce moment-là que nous formons les binômes d’éducatrices/teurs familiaux, dans le but de répondre au mieux aux besoins des enfants », explique Gwenolé Masson, chef de service au Village d’Enfants et d’Adolescents de Châteaubriant.
La deuxième semaine, plus « logistique », se concentre sur les derniers préparatifs. Les chambres font l’objet d’un soin particulier car leur aménagement est le signe que les enfants sont attendus et qu’une place spécifique est reconnue à chacun d’entre eux. Il faut aussi que tout soit opérationnel pour que les professionnels puissent travailler dans les conditions les plus sereines qui soient.

« Dans un Village ACTION ENFANCE, les enfants comptent vraiment. »

Lola GIROT Éducatrice familiale au Village d’Enfants et d’Adolescents de Châteaubriant (44)

Pour moi qui étais précédemment éducatrice dans un foyer d’urgence d’Ille-et-Vilaine, arriver ici est une découverte réjouissante. J’apprends chaque jour comment accompagner les enfants d’une manière plus familiale. Comme mes collègues, je réalise toutes les tâches du quotidien, en plus des écrits qui permettent de consigner leur évolution. Préparer les repas pour et avec les enfants, planifier les menus ensemble, les faire participer à la vie de la maison… font partie de notre accompagnement éducatif. Nous avons déjà eu l’opportunité de mettre en place des projets communs, comme ces vacances de Noël, passées à Angers, avec les petits du Village. Ils ont assisté à un spectacle de cirque, pris le tramway : ce sont des choses impensables en foyer d’urgence. La Fondation est vraiment tournée vers le bien-être de l’enfant, l’écoute de sa parole. Elle offre des repères stables. Elle nous permet, en tant qu’éducateur, de manifester de l’affection pour les enfants dont nous nous occupons, ce qui est essentiel pour leur développement.

Accueil de type familial : faire vivre l’esprit maison

Dans le tout petit collectif d’une maison de Village, six enfants vivent aux côtés d’une équipe de quatre éducatrices/teurs familiaux qui se relaient par binôme, chaque semaine. « Après quelques mois, les bénéfices de la récurrence éducative liés à la présence continue des éducatrices/teurs familiaux huit jours et sept nuits d’affilée auprès des enfants sont perceptibles », poursuit Gwenolé Masson. Au début, le cahier de liaison est l’outil indispensable pour se transmettre les informations et les observations entre éducatrices/teurs familiaux et les partager avec les chefs de service et le(s) psychologue(s) du Village. « Pour les enfants, cette organisation apporte beaucoup de stabilité et de sérénité. Savoir quel est l’adulte qui dort dans la maison et le réveillera le lendemain matin est très rassurant », renchérit Lola Girot, éducatrice familiale à Châteaubriant. Stéphanie Audaire, éducatrice familiale au Village d’Enfants et d’Adolescents de Pleyben, se lève chaque matin la première pour préparer la table du petit déjeuner. « Tout au long de la journée, nous gérons les tâches classiques de la tenue d’une maison, plus l’administratif », explique-t-elle. « Avec mon binôme, nous avons calé les règles de fonctionnement de la maison : pas de téléphone à table, par exemple. Nous échangeons beaucoup sur le comportement des enfants, afin d’être alignés et d’adopter la même posture éducative vis-à-vis d’eux. » Certains frères et sœurs, séparés lors de placements précédents, se sont retrouvés grâce à l’ouverture des nouveaux Villages de la Fondation et ont pu renouer des liens. « Nous n’accueillons que des fratries, souligne Gwenolé Masson. L’une d’entre elles est composée de six enfants, qui étaient placés précédemment dans trois lieux différents. Ce regroupement va permettre de travailler les liens fraternels… si cela s’avère pertinent, c’est-à-dire bénéfique pour chacun des membres de la fratrie. »

Créer sans attendre, des liens avec l’extérieur

Pour aider les enfants à se familiariser rapidement avec leur nouvel environnement, une des clés a été la visite des écoles et collèges et leur rencontre avec les directeurs de ces établissements. À Treffiagat, où l’école primaire risquait la fermeture, l’inscription de douze enfants a été particulièrement bien accueillie. Grâce à un grand travail d’anticipation de la part des équipes de direction, tous les enfants ont eu une place en crèche ou ont été scolarisés dès la rentrée de septembre. Le sujet reste plus complexe pour les enfants en situation de handicap. « Nous rencontrons l’inspecteur de l’Éducation nationale et faisons un peu de forcing pour obtenir des places. Si on ne se bat pas pour ces enfants, qui le fera ! », s’exclame Olivier Cosmao. Six mois après leur arrivée, les enfants ont trouvé leur rythme. Ils ont décoré leur chambre, posé leurs photos, leurs souvenirs. Tous sont inscrits à des activités telles que le foot, la danse ou le cirque dans la commune où ils vivent. Certains ont commencé à se faire des amis, à l’école ou au sport, et ont la possibilité de les inviter à goûter dans la maison du Village. Il n’est jamais trop tôt pour commencer à se forger un capital social ! Pour la dimension culturelle et sociale, Olivier Cosmao compte sur les relations nouées avec l’Amicale laïque de Treffiagat, dont les bénévoles se disent prêts à s’impliquer également dans le mentorat et le parrainage. Une convention a été signée avec la communauté de communes pour permettre aux enfants d’intégrer la résidence d’artistes de Pleyben. Cette ouverture sur l’extérieur est d’autant plus essentielle que très peu, parmi ces 60 enfants, voient leurs parents lors de droits de visite. Et rares sont ceux qui peuvent dormir chez eux.

Jamel SENHADJI Directeur des Villages d’Enfants et d’Adolescents de Loire Atlantique

C’est une chance incroyable d’être en capacité d’ouvrir des places d’accueil pour les enfants en danger. Le Projet original d’ACTION ENFANCE est sa grande force.

36 mois de suivi intense

Depuis 2020, ACTION ENFANCE a ouvert pas moins de six nouveaux Villages d’Enfants et d’Adolescents. La demande est si forte de la part des Conseils départementaux que ces ouvertures précèdent parfois de plusieurs mois la construction des maisons du Village. Pour autant, même lorsque les enfants sont accueillis provisoirement, le temps de la construction du futur Village, les fondamentaux du Projet de la Fondation s’appliquent immédiatement. « La Fondation a acquis une grande expérience et une grande agilité dans ce domaine. Maison provisoire ne veut pas dire accueil dégradé », souligne le directeur de Loire-Atlantique qui a précédemment accompagné et piloté l’ouverture du Village d’Enfants et d’Adolescents de Chinon. S’il faut « tout un village pour élever un enfant », il faut toutes les ressources de la Fondation pour que ces ouvertures soient aussi fluides que possible. La méthode est désormais bien rodée. Pour chaque nouveau Village d’Enfants et d’Adolescents, un comité de pilotage réunit les représentants des directions du siège – le développement, les ressources humaines, la qualité, les finances, les services généraux – et les équipes de direction des nouveaux établissements. « À l’ouverture d’un Village, c’est-à-dire à partir du moment où les équipes sont constituées et les premiers enfants accueillis, nous déroulons un séquençage sur 36 mois », explique Yannick Bernier, directeur d’Appui et d’accompagnement managérial, une fonction créée notamment pour accompagner et coacher les équipes de direction lors de cette phase. Les priorités sont clairement établies. Les trois premiers mois, les enfants sont au centre de toutes les préoccupations. Il s’agit de créer un esprit maison. Les règles liées aux repas, à l’hygiène, à l’organisation de la vie quotidienne sont mises en place très rapidement. Les enfants investissent leur chambre, la personnalisent. Tout est fait pour qu’ils puissent se poser. La période suivante court jusqu’à la fin de la première année. Il s’agit de créer un esprit Village, de stabiliser les équipes, de trouver les bonnes formules pour coopérer entre professionnels. Enfin, entre le 12e et le 18e mois, les enfants et les équipes intègrent pleinement la Fondation, et se joignent aux programmes transverses, tels que le Prix Littéraire, ACTION ENFANCE fait son cinéma ou encore ACTION Environnement. « Il serait contreproductif de vouloir tout mettre en place en même temps. Toute cette technicité, cette structuration, cette organisation sont au service des enfants », conclut Yannick Bernier.

Des fonds privés essentiels au bon accompagnement des frères et sœurs

Les dons, legs, donations et assurances-vie sont essentiels à l’ouverture de Villages d’Enfants et d’Adolescents. Une partie importante de ces fonds privés permet de financer l’achat du terrain, d’un city stade ou d’une aire de jeux. Dans le cas des deux Villages ouverts l’été dernier en hébergements provisoires, la générosité du public a tout de suite été mise à profit pour améliorer l’accueil et le quotidien des enfants. Ces fonds ont notamment permis d’organiser des séjours de vacances pour les enfants nouvellement accueillis par la Fondation et de leur proposer des activités culturelles variées. Des lignes budgétaires de fonds privés sont également dédiées à la santé. « À leur arrivée, certains enfants n’avaient pas vu de médecin depuis cinq ans.
Le dispositif Santé Protégée du Département de Loire-Atlantique nous a permis d’avoir une première visite rapide avec des médecins référents. Par la suite, grâce à la générosité de nos donateurs, nous pouvons proposer des consultations et des suivis par des professionnels de santé du secteur privé, dès lors que le service public ne permet pas de répondre rapidement aux besoins des enfants », explique le directeur du Village d’Enfants et d’Adolescents de Châteaubriant qui constate que les situations de santé et de handicap des enfants confiés à ACTION ENFANCE sont de plus en plus dégradées lors de leur admission.

Soyez présent à chaque étape de leur vie

Avec 15 € par mois (3,75€ après déduction fiscale), vous participez notamment à prendre en charge des séances régulières avec un psychologue qui aideront un enfant à surmonter des souffrances qui le dépassent.