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Publié le 10/01/2013

Sortir du placement et bien s'insérer

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Les jeunes qui ont connu un placement rencontrent généralement des obstacles importants qui perturbent leurs diverses transitions vers la vie adulte. Comparativement aux autres jeunes, ils cumulent davantage de difficultés psychosociales et de ruptures avec le monde familial, expliquent Martin Goyette et Marie-Noële Royer¹, chercheurs à l’École Nationale d’Administration Publique au Québec. Paradoxalement, ils sont plus souvent confrontés à l’exigence d’autonomie et d’indépendance de la part d’autrui. »


Des jeunes vulnérables

Au sortir d’une longue période de placement, les jeunes pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) sont d’autant plus vulnérables qu’ils sont souvent peu soutenus par leur famille d’origine, tant sur le plan affectif que sur le plan financier. Ils doivent, de plus, faire face aux exigences du marché de l’emploi. Résultat : un grand nombre d’entre eux se sentent "lâchés" par l’institution, livrés à eux-mêmes. Ils n’ont pas toujours la possibilité d’être suivis jusqu’à 21 ans, car cet accompagnement suppose qu’ils soient scolarisés ou dans une démarche d’insertion. « De plus en plus, on observe un désengagement des Départements et il n’y a plus d’aides pour leurs débuts dans la vie, explique Corinne Guidat, directrice du Village d’Enfants de Cesson. Non seulement ces enfants partent avec un handicap, mais on leur demande de se débrouiller seuls dès qu’ils ont 18 ans. Alors que dans les familles ordinaires, les jeunes quittent le nid familial de plus en plus tard, parfois à 25, voire 30 ans. »


Préparer leur départ

Il est donc essentiel de préparer bien en amont la fin du placement, dès les 14 ou 16 ans de l’enfant. Un placement pérenne, sans rupture, favorise aussi le tissage de liens avec l’entourage. La construction de ce réseau qui lui sera précieux toute sa vie. Il faut aussi permettre aux jeunes qui quittent l’ASE de conserver des liens avec l’institution. Car, comme le souligne Annick-Camille Dumarest, psychologue, ingénieur de recherche à l’Inserm-Cermes², « L’insertion à l’âge adulte implique une certaine autonomie de la personne : activité professionnelle, relations avec l’entourage, capacité à établir des liens durables ».

Conscients de ces enjeux, certains organismes ont prévu des interventions visant à mieux préparer ces jeunes à la vie autonome, à favoriser leur qualification et à mieux les entourer à leur sortie. À l’instar de la Fondation, qui a mis en place un service de suite. Opérationnel depuis septembre 2012, il est ouvert aux jeunes qui ont été accueillis par la Fondation.


Laisser une porte ouverte

« Avec le service de suite, nous nous inscrivons dans les principes d’action du Projet de la Fondation³ : nous intervenons dans la durée, au-delà du temps de placement. Après le départ, on laisse une porte ouverte », explique Laurent Legros, en charge des études et projets au pôle éducatif de la Fondation. Le principe est simple : tous les anciens peuvent faire appel à ce service, quelles que soient la durée du placement et les conditions dans lesquelles ils ont quitté la Fondation. « On est de plus en plus sollicités par des jeunes anciens, reprend Laurent Legros. Ils sont parfois dans une situation d’isolement affectif, démunis, loin de leur famille et ne peuvent s’appuyer sur aucun réseau. Très isolés, le moindre petit problème peut vite devenir insurmontable pour eux. Ils vont alors s’adresser aux personnes qu’ils connaissent le mieux et reviennent à la source : la Fondation. Il suffit alors de leur remettre le pied à l’étrier. »

Il faut pouvoir évaluer et apporter des réponses face à des situations d’urgence sans développer une forme d’assistanat. Le service de suite a pour vocation d’accompagner les jeunes vers l’insertion en les aiguillant vers les administrations, les organismes, les associations qui pourront les aider à trouver un logement, un emploi, une formation, etc.

« Les demandes actuelles émanent de jeunes qui sont restés en relation avec la Fondation, précise Laurent Legros. Nous devons élargir notre communication afin de mieux faire connaître ce service. » L’important est de donner du temps au jeune en difficulté dans son processus d’insertion, afin de construire avec lui un lien fort et d’agir comme un « tuteur de résilience » (4). 

  

(1) Revue pluridisciplinaire de recherche du Sejed, Sociétés et jeunesses en difficulté/N°8, automne 2009 Difficiles parcours de jeunesse.

(2) Centre de recherche Médecine, Sciences, Santé et Société.

(3) Voir le Projet de la Fondation et la page de présentation du service de suite.

(4) Boris Cyrulnik et Claude Seron « La Résilience ou comment renaître de sa souffrance », édition Fabert 2003.